L’art d’aimer son corps



Quand je dis aimer son corps, je veux dire entièrement et tout de suite ! Pourquoi attendre d’avoir bronzé, de se faire refaire les seins, d’avoir les dents plus blanches, de perdre 2 tailles de jeans, alors qu’on pourrait aimer notre enveloppe telle qu’elle est ? 
En cette période de plage et de mini-jupes, il n'est pas toujours évident d'être en phase avec notre reflet...


Pourtant il existe un tas de raison d'aimer notre corps
 
 
Les discussions à propos de body shaming sont légion sur internet ou dans les cercles d’amis, et bien souvent elles me mettent légèrement mal à l’aise. Il y aura toujours quelqu’un pour être intolérant voire insultant, ou pour dénoncer une discrimination en en créant une autre. Je m’explique sur ce second point. Ces dernières années, on voit de plus en plus de femmes dites plus size monter au créneau pour hurler au monde que leur corps leur plaît et qu’elles sont belles ainsi. Ce phénomène est généralement positif, c’est peut-être même grâce à ces personnalités affirmées qu’on a créé Barbie Curv.
Et je suis la première à m’en réjouir, d’autant plus que Mattel a également lancé les lignes Petite et Tall par la même occasion ! Il était temps, pas vrai ? J’aimerais aussi voir Barbie unijambiste et Barbie senior, mais je m’égare…


Le phénomène de body acceptance semble être à l’origine d’un autre mouvement, bien moins joli que celui qui dit « stop à la grossophobie ». Vous avez peut-être déjà vu ce genre d’images sur internet :























Personnellement je les ai découvertes il y a peu et si la première m’a fait rire, la seconde m’a vraiment mise mal à l’aise. Je me suis levée, je suis allée dans ma salle de bains et j’ai retiré mon pantalon. Comme je le pensais, j’ai le fameux « thigh gap » que certains voient comme un objectif à atteindre alors que d’autres le tournent en ridicule. Le fait de me voir comparée à un flamant rose m’a préoccupée… Est-ce que ma morphologie pose problème à certain.es ? Et si oui, pour quelles raisons ? 
Je me suis posé la question plusieurs fois, tout en repensant à des expériences passées. Ce jour où une employée de magasin de vêtements m’a conseillé de grossir si je souhaite trouver des pièces à ma taille parce qu’ « on ne fait pas encore de taille -1 ». Ce moment extrêmement inconfortable où une amie m’a examinée de la tête aux pieds à la salle de sport, pour ensuite me demander si j’avais encore maigri, l’air inquiet comme jamais. 
Ces nombreuses fois où on ne me laisse pas soulever une charge moyenne, où on me dit de m’assoir quand tout le monde travaille, où on me sert une assiette ridicule alors que je meurs de faim... Repenser à ces toutes petites claques m’a fait réaliser une chose. 
Si je vis mal ces instants, qu’en est-il des personnes plus rondes que moi, qui les expérimentent de manière bien plus fréquente et plus violente ? Si je me sens mal dans ma peau parce qu’un dessin m’a comparée à un flamant rose, que ressentent-elles lorsqu’on les compare à des baleines, et autres joyeusetés ? Ajoutez à cela des discriminations à l’embauche, du harcèlement de rue, l’accès à certains lieux qui leur est refusé…
Elles doivent souffrir énormément, qu’elles aiment leur corps ou non.

Cette constatation m’a fait mal, mais je pense qu’elle était nécessaire pour que je comprenne un peu mieux mon prochain. Certes, le fait que je sois considérée comme une personne mince voire maigre peut être utile : cela m’évite la gêne de devoir demander s’il existe un siège plus large, on juge moins ma façon de m’alimenter, je n’ai jamais été harcelée par rapport à mon poids… Mais en quoi cela me retire le droit de lutter contre le body-shaming ? Pourquoi certain.e.s se permettent de me dire « c’est facile pour toi de dire aux autres de s’aimer ! » et en profitent pour décrédibiliser mon discours ?

Je cite l’auteure du blog Coups de gueule de Lau :
« Dire « tu es trop mince pour lutter contre la grossophobie », c’est donner une validité au discours social qui indique qu’il y a des gens trop gros et des gens dans la norme. »

Cette phrase décrit parfaitement ce que je pense. Si on refuse de caser des personnes dans la catégorie « trop gros », mais qu’on s’empresse de créer une nouvelle case « trop mince », n’est-ce pas également du body-shaming ? N’est-ce pas une forme d’acceptation de ces standards de beauté auxquels la société tient absolument à nous faire adhérer ? Selon moi, le problème ne vient pas du fait d’être maigre ou d’être gros (ce qui est tout à fait subjectif d’ailleurs) mais plutôt de toutes ces injonctions qu’on nous balance sans arrêt au visage, souvent de manière très violente.

« Tu es sûr.e que tu veux porter ce maillot-là ? »
« Mange plus/mange moins »
« Fais plus de sport/Arrête de bouger autant, tu vas te casser »
« Tu devrais essayer Weight Watchers/Tu devrais suivre un régime hypercalorique »

Toutes ces phrases qui paraissent anodines à celles et ceux qui les prononcent peuvent en réalité avoir un effet dramatique.
Je sais que je ne peux pas prendre la parole pour les personnes rondes, ou fortes, ni pour celles qui présentent un handicap ou ont choisi de ne pas s’épiler, je peux juste parler de mon propre point de vue sur le body-shaming et m’engager dans le mouvement d’acceptation du corps. De tous les corps, quels qu’ils soient !





 
Ne voyez pas cet article comme une comparaison des oppressions ou des « thin tears », je sais parfaitement que ma position de femme hétérosexuelle cisgenre blanche et mince de surcroit me place dans une catégorie de grands privilégiés. Cependant, je pense que même si on ne rencontre pas des difficultés identiques, on peut se serrer les coudes. Beaucoup diront que je n’ai aucune légitimité à lutter contre la grossophobie, le racisme, la transphobie, le validisme, etc… Effectivement, je ne me suis jamais retrouvée face à un recruteur me refusant à cause de mon poids, de ma couleur de peau, de mon handicap, mais je pense avoir tout de même le devoir de me battre contre ces injustices. Pourquoi devrais-je être « grosse » pour prendre la main de celles et ceux qui ont un tour de taille plus important et en souffrent au quotidien ? 

Mon but n’est absolument pas de m’approprier les stigmatisations sociales de tous les groupes dont je parle ici, mais d’expliquer pour quelles raisons j’ai envie d’être leur alliée. Ce n’est pas évident, j’ai déjà fait des tas de maladresses et je pense malheureusement en refaire. Mais j’y travaille, et j’avais envie de partager ce cheminement. 
À tou.te.s celles et ceux qui souhaitent apporter leur soutien mais n’osent pas de peur d’être illégitimes, blessant.e.s, ridicules… Eh bien oublier toute cette peur, renseignez-vous en faisant des recherches, en discutant avec des personnes plus expérimentées ou concernées que vous, aiguisez votre réflexion à ce sujet, puis prenez part à cette lutte contre les injonctions au corps parfait ! Et si vous avez l’apparence parfaite décrite par les magazines, du moment que ça vous plaît, tant mieux :) 

Cela ne doit pas vous empêcher d’aider celles et ceux qui sont rejetés par la société, au contraire. Profitez de votre statut de privilégié, utilisez-le pour affronter les comportements discriminants comme dans cette vidéo plutôt intéressante. Votre parole a plus de poids que celle de beaucoup d’autres, et c’est malheureux, mais il faut en profiter et vous en servir !
Je rêve d’un jour où on n’entendra plus de propos grossophobes dans la rue ou les média, où toutes ces images se voulant humoristiques exhortant les « sacs d’os » à manger un cupcake n’existeront plus, où on verra des personnes transgenres sur d’immenses affiches, où on laissera tout simplement autrui en paix… Si nous voulons voir ce jour arriver, il n’y a qu’un moyen : s’aimer tel que l’on est, se faire entendre et accepter le corps de chacun.e.
Apprenez à accepter votre corps, aimez-le, célébrez-le et prenez-en soin : vous n’en avez qu’un, et c’est votre seule maison !
  

N’hésitez pas à me dire si vous trouvez des passages de cet article déplacés ou potentiellement oppressif, mon but n’est absolument pas de blesser qui que ce soit et je m’en voudrais beaucoup si mon message avait un mauvais impact.

Flâneries Créatives

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6 commentaires:

  1. Très chouette cet article !
    Je suis comme toi "apparemment trop mince" pour avoir mon mot à dire. Ceci dit ça ne m'empêche pas d'ouvrir ma bouche si j'en ai envie ! :p
    J'ai eu il y a quelques années une phase où je me trouvais trop ceci/trop cela. Aujourd'hui j'ai appris à m'aimer comme je suis, mince, un peu plus grande que la norme, avec quand même quelques formes, des os apparents à certains endroits, une petite poitrine, les jambes en X et d'autres tracas qui n'en sont plus, finalement. :)

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    1. Merci merci Andie :)
      Tu fais bien de ne pas te laisser censurer ! C'est super que tu aies réussi à éradiquer tous tes complexes :)

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  2. Article fort fort cool !
    On a le même problème, tout en ayant des physiques à l'opposé ! C'est fou, quand même. Et si toi tu as déjà pris des mini-claques, tu as tout à fait le droit de te lever et de t'indigner du body-shaming. Je pense de toute façon qu'on n'est jamais bien pour les autres, et que tout le monde a déjà dû se prendre des claques dans la figure, concernant le poids/ le physique / la façon de s'habiller.

    On ne plaira jamais à tout le monde, alors autant se contenter de se plaire à soi-même. C'est bien le plus important !

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    1. Merci beaucoup pour ton avis :)
      Je pense que tu as (malheureusement) raison et que notre apparence est souvent source de critiques...

      Tu as tellement raison, l'essentiel est de s'accepter, peu importe ce que pensent les autres !

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  3. Je ne trouve pas ton texte déplacé, au contraire. Malheureusement, certains pour glorifier la femme grosse dénigre celle qui est mince.
    Je me souviens récemment avoir vu un texte d'un photographe qui cherchait des filles à photographier, je cite "avec des rondeurs" pour montrer à sa fille des femmes différentes de celles des magazines. Si l'intention était louable, le reste du texte m'a beaucoup énervé : le mec disait qu'il en avait marre des filles "planches à pain" ou des Kate Moche (LOL). J'ai trouvé ça tellement violent de cracher sur ce genre de physique considéré comme maladif et malsain et j'en passe.
    Ces personnes-là sont tout sauf des représentantes valables du body acceptance.
    C'est un peu comme des "féministes" qui critiquent les filles trop déshabillées ou au contraire trop vêtues...
    Je ne sais pas si tu la connais mais Olga de The Utoptimiste est vraiment chouette à suivre !

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    1. Ton avis me touche d'autant plus car j'aime tes articles body positive ! Merci beaucoup !
      Je comprends que le texte du photographe t'ait choqué, c'est très dur comme propos. Et j'avoue que c'est parfois pesant de passer pour quelqu'un de malade juste parce que je suis mince avec la peau très claire !

      Du coup je suis passée sur The Utoptimist et effectivement ce blog est très sympa ! Merci du partage :)

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