L’art de survivre dans un « métier d’homme »


Tout d’abord sachez que je déteste cette expression, mais il faut bien admettre qu’elle est encore souvent utilisée… Et je l’ai pour ainsi dire subie pendant une bonne partie de ma vie active.
J’ai assez mal vécu ma période de formation en pâtisserie, ça a été mon premier plongeon dans un monde radicalement différent de celui dans lequel j’avais grandi et évolué jusque-là. D’un seul coup, je ne vivais plus avec ma famille et entourée de mes amis, je découvrais la grande ville (oui, les 110 000 habitants de Rouen m’ont fait un léger choc comparés aux 300 âmes – ceci comprenant les vaches et les moutons – de ma campagne natale !) et surtout je prenais la première grande décision de ma vie.

Quitter le cadre scolaire, certes chiant mais tellement sécurisant, pour me lancer dans la pâtisserie alors que je ne savais pas faire une pâte feuilletée, c’était un poil risqué. Je l’ai fait, pas tout à fait sur un coup de tête, mais on n’en était pas loin. Toujours est-il que je suis partie à 700 kilomètres de mon petit cocon douillet et que je me suis retrouvée dans la jungle urbaine, à la merci de pas mal de personnes malveillantes. Je sais bien, on dirait que je me plains et que je digresse complètement, mais c’est pour planter le décor. Donc me voilà fraîchement diplômée du bac, je viens de rater le permis pour la Xième fois et j’entame enfin mon apprentissage avec une dizaine d’inconnus tous plus âgés que moi.

(Sans vouloir débattre d’âgisme j’ai pu constater qu’à cause de ma jeunesse, on ne me prenait pas au sérieux. Mon surnom de l’époque en dit long : le bébé… Et non, je n’étais pas d’accord, mais qu’à cela ne tienne !)

Je n’ai pas seulement été surprise par l’anti-jeunisme de mes nouveaux camarades de classe, ce qui m’a le plus choqué étonné est leur machisme. Et quand je parle de machisme, je n’évoque pas quelques blagues vaseuses sur ma place dans la société (bien que j’y ai eu droit, cadeau de bienvenue) mais une dévalorisation constante des femmes. Le pire était que ça ne venait pas seulement des hommes, au contraire. Je ne me rappelle plus de la situation exacte, mais j’ai été témoin d’un échange entre deux femmes de ma classe où l’une d’entre elle qualifiait l’autre de « fillette ». Ce n’était pas cruel mais l’insulte m’avait fait tiquer. Au fil des années, j’ai pu en écouter et en mémoriser, des mots doux de ce genre. Quelque part ils ne sont pas grand-chose face aux phrases over-sexiste lancées comme des blagues… Je vous ai fait une petite sélection de ces perles que j’ai eu l’occasion d’entendre sur mes différents lieux de travail (toujours dans le secteur alimentaire), enjoy !

  • T’es sûre que tu ne voulais pas plutôt faire vendeuse ? L’uniforme est plus sexy. (Rires de la gent masculine)
  • On voit que t’as l’habitude de faire ce geste ! (En secouant une bombe de spray graissant)
  • T’aimes quand la crème chantilly gicle, hein ?! (Authentique.)
  • Tu veux goûter mon gros éclair ? (Bon ok celle-ci ne m’était pas adressée… Mais je vous l’offre quand même)

Ces conneries ont eu sur moi l’effet de bombes sales. Au départ je cherchais une répartie cinglante et si je la trouvais j’étais fière de moi pour quelques heures mais une fois le choc passé, les signes de la contamination apparaissaient. 
Parce que je n’avais plus envie qu’on me fasse ce genre de remarques déplacées, je me mettais à les devancer. Ça a d’abord surpris mes collègues au point de leur clouer le bec (victoire ?), puis j’ai fini par être vue comme une fêlée dont on attendait toujours les vannes en-dessous de la ceinture (du coup, non !)
Pour me protéger, m’endurcir, j’étais devenue ce que je détestais. J’ai vite changé de méthode en donnant ma façon de penser concernant ces plaisanteries vaseuses, puis en optant pour le mépris. Peu à peu, en voyant que je ne réagissais plus lorsqu’ils faisaient preuve de stupidité machisme, les personnes en question ont progressivement arrêté. Malgré cela, pourquoi se permettre ces obscénités dans le cadre du travail, où elles passent d’ailleurs comme une lettre à la poste, alors qu’on ne s’y risquerait pas dans tous les autres cercles ? Si c’est vraiment juste pour relâcher la pression, comment expliquer que les cibles de ces « blagues » soient toujours des femmes ?

Je n’ai pas trouvé les réponses à ces questions, si vous avez une idée n’hésitez pas à la partager avec moi !

Toujours est-il que j’ai bel et bien survécu à ces humiliations, même si par moment j’ai eu très envie de distribuer quelques claques. Quand je me suis mise à mon compte, j’ai beaucoup apprécié la solitude, cette absence de railleries phallocratiques ! Je ne pense pas avoir changé le monde de la pâtisserie, mais j’aime à croire que ma manière de gérer mon affaire en solo prouve à certain.e.s sceptiques que les métiers réservés à un sexe n’ont jamais eu lieu d’être


Ben si, seuls les vrais bonhommes sont capables d'ouvrir les bocaux, c'est bien connu
(Mort de rigole.)

Mon conseil à celles et ceux qui vivent des situations de sexisme sur le lieu de travail peut sembler simpliste, pourtant je n’ai jamais trouvé de meilleure solution : ne vous laissez pas faire, affirmez-vous et prouvez à ces nuls collègues que vous faites aussi bien votre boulot que n’importe qui d’autre, « en dépit » de votre sexe !
Il n’y a pas de meilleure manière de modifier les mentalités que de démontrer directement à vos détracteurs qu’ils se trompent. 

Ah, et aidez l’information à se propager, je suis certaine qu’un jour on ne se moquera plus des éboueuses ni des esthéticiens !



Bonne semaine tout le monde ! :) 

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